Emma Eckstein
   
             
     
             
  Sigmund Freud     William Fliess  

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Genre : Film documentaire

Pays : France

Réalisateur : Michel Meignant

Prise de vues : Michel Meignant

Montage : Mário Viana

Durée : 01h10’53’’

Année de production : 2011

Couleur

PAL

Langue : Française

 

 

 

 

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Ce film rapporte les recherches historiques et les découvertes théoriques du psychanalyste Jeffrey Moussaieff Masson.

“En 1980, raconte-il, j'ai rencontré le Dr K.R. Eissler, directeur des Archives de Freud, conseiller et ami fidèle d'Anna Freud, que j'ai également vue à Londres et qui m'a donné son accord pour une nouvelle édition des lettres Freud/Fliess.

C'est ainsi que j'ai pu avoir accès à cette correspondance restée secrète, qui constitue la source d'information la plus importante que nous possédions sur les débuts de la psychanalyse...

Quelque temps après, le Dr Eissler me demanda de lui succéder... J'acceptai sa proposition et fus nommé Directeur intérimaire... Comme je relisais la correspondance (publiée), je commençai à remarquer un fil conducteur dans les omissions. Des lettres écrites après 1897, toutes les histoires de cas concernant la séduction sexuelle des enfants avaient disparu. En août 1981, le New York Times publia une série d'articles pour rendre compte de mes découvertes. La vague de protestation qui en résulta atteignit son point culminant lorsqu'on exigea mon départ des Archives. Je fus congédié, au soulagement évident de la communauté analytique...

Voici donc l'histoire de l'abandon par Freud de la théorie de la séduction, en réalité théorie des traumatismes, pour la théorie des pulsions, accompagnée des documents qui s'y rapportent.”

"L'affaire Freud" présente l'interview de Jeffrey Moussaieff Masson, réalisé par Michel Meignant le 11 avril 2011, 30 ans après, à Auckland en Nouvelle Zélande où il vit maintenant. Le film relance un débat qui est toujours d’actualité, puisque cela fait un siècle que la vérité cherche à éclater.

 

 

Pourquoi va-t-on chez le psychanalyste?

Pour raconter ce qui de notre «moi» n'intéresse personne, pour dire le désespoir qui nous torture. Probablement pour mille autres raisons aussi. Mais imaginez que le psychanalyste ne vous entende pas. Imaginez que vous lui révéliez que durant votre enfance, vous avez été abusé sexuellement et qu'il vous réponde qu'il est bon de dire ses fantasmes. Vous lui répétez qu'il ne s'agit pas d'un fantasme mais d'un fait réel. En guise de consolation, il vous raconte l'histoire d'Œdipe. Vous êtes un patient, il est le maître, il sait mieux que vous qui vous êtes.

Jeffrey Masson est psychanalyste; il a même été directeur des Archives de Freud jusqu'à ce qu'on le force à démissionner. Pendant son bref séjour aux Archives, il découvre que la correspondance entre Freud et le médecin Fliess n'a été publiée qu'à moitié. La lecture de ces lettres éclaire pourtant d'une lumière nouvelle le travail de Freud à ses débuts. Si vous aviez été son patient avant 1896, la description des abus sexuels subis dans l'enfance aurait été entendue comme un fait réel. Freud avait même fait de ces abus l'objet d'une conférence qui, semble-t-il, reçut un accueil glacial de la part de ses amis: «un accueil glacial de la part des imbéciles», écrivait-il, et qui provo- qua «cette singulière remarque de Krafft-Ebing: «on dirait un conte de fées scientifique». (...) qu'ils aillent au diable.» Quelque temps après, Freud abandonnera sa théorie de la séduction. Les abus sexuels deviendront des «excès de tendresse parentale» et les enfants, des menteurs qui camouflent tout, qui accusent les parents même lorsqu'ils sont devenus grands.

Il est intéressant de chercher à savoir pourquoi Freud abandonna la théorie des traumatismes et créa la théorie des pulsions et le complexe d’Œdipe. Jeffrey Masson, dans « Enquête aux archives Freud », soutient que ce retournement a permis à la psychanalyse d'exister, le fantasme étant à la base même de cette science à peine naissante. Le 10 septembre 1981, Anna Freud écrit à Masson: «Conserver la théorie de la séduction, cela aurait signifié abandonner le complexe Œdipe et avec lui toute l'importance de la vie fantasmatique, qu'il s'agisse du fantasme conscient ou inconscient. En fait, je pense qu'après cela il n'y aurait pas eu de psychanalyse.» On comprend mieux pourquoi, on n'avait pas publié cette correspondance. Mais il y a encore autre chose. Freud avait permis à Fliess de pratiquer une intervention chirurgicale sur l'une de ses patientes, Emma Eckstein. Le pauvre Fliess aurait malencontreusement oublié, dans le nez de cette patiente, pas moins de 50 cm de gaze. Pendant quelques semaines, elle eut des hémorragies abondantes que Freud qualifia de «saignements hystériques» ou attribua à une maladie fantasmatique. La correspondance inédite de Freud et Fliess montre que le premier fit tout pour disculper le second.

 



Dans ma préface du livre de Jeffrey Moussaieff Masson « Enquête aux archives Freud – des abus réels aux pseudo-fantasmes » Édition L’instant présent (2012), j’explique comment j’ai découvert le pot aux roses.

Comment j’ai découvert Jeffrey Masson :

Le livre de Masson, publié en 1984 reçut un large accueil dans le monde entier, sauf en France où il fut l’objet d’un véritable rejet. Tiré seulement à quelques centaines d’exemplaires, il est aujourd’hui totalement épuisé. Pour que je réalise l’importance de cet ouvrage, il a fallu que j’entende le psychologue américain Andrew Leeds me déclarer que Sigmund Freud était plus intéressé par sa carrière, sa renommée et l’argent que par la vérité. Devant mon étonnement, il me conseille de lire le livre de Jeffrey Moussaieff Masson « The Assault on Truth ». Je découvre un exemplaire de sa traduction en français : « Le réel escamoté ». C’est le titre que portait ce livre en 1984. En 2010, je réalisais un film sur la violence éducative ordinaire : « Amour et châtiments » (http://www.amour-et-chatiments.com) et j’étais très surpris de voir que les psychanalyses refusent souvent de prendre en compte la réalité des traumatismes de l’enfance et de l’adolescence.
En lisant le livre de Masson, jedécouvre que Freud a d’abord cru à la théorie des traumatismes (théorie de la séduction) et qu’il l’a remplacée par la théorie des pulsions et le complexe d’Œdipe. À cause de la mort de son père et peut-être pour des raisons d’opportunisme professionnel. Quel beau sujet de film ! Je retrouve Jeffrey Moussaieff Masson qui vit en Nouvelle Zélande. Je pars l’interviewer pour le film «L’affaire Freud » (voir http://www.l-affaire-freud.com) et à mon retour, je recherche un nouvel éditeur pour rééditer le livre de Jeffrey Moussaieff Masson. Le voici, dans une traduction plus vaste (le livre de 2012 est moitié plus gros que celui de 1984) et avec un nouveau titre "Enquêtes aux archives Freud"



Les archives secrètes de la psychanalyse :

Il est courant de garder secrets des documents dans les domaines militaires ou politiques afin de préserver la sécurité et l’indépendance d’une nation. Mais qui pouvait s’attendre a ce qu’il existe des documents classés « secrets » dans le domaine de la psychanalyse ? Quels secrets s’agit-il de préserver ? Où est le péril ? À qui profite la censure ?
Le secret dont parle ce livre, ce sont les circonstances de la découverte par Freud d’une théorie qui prenait en compte les traumatismes, appelée « théorie de la séduction », et les raisons de son abandon pour la « théorie des pulsions », qui ont fait l’objet d’une tentative de dissimulation.
Il est en effet possible de retracer très précisément le déroulement de la mise au point de la théorie de la séduction et son abandon, au profit de la création de la théorie des pulsions, accompagnée de l’invention du complexe d’Œdipe, à travers la correspondance, de la main même de Sigmund Freud, échangée avec Wilhelm Fliess, durant 17 ans, de 1887 à 1902.
Pour garder secret le récit du déroulement de cette élaboration et de cet abandon, il fallait évidemment détruire tous les éléments de correspondance qui pourraient révéler les circonstances détaillées de cette affaire. Cette correspondance était constituée de 284 lettres de Freud à Fliess et probablement autant de Fliess à Freud. Pour préserver le secret, de son côté Freud brûla toutes les lettres qu’il avait reçues de Fliess. Quant aux siennes qui étaient entre les mains d’Ida Fliess, la veuve de son ami, toute sa vie Freud ne put qu’espérer qu’elles ne tomberaient pas en de mauvaises mains.



Un incroyable concours de circonstances évente le secret :

La vérité a été révélée dans des conditions véritablement romanesques.
En effet les lettres de Freud n’ont pas été détruites. Elles se trouvent aujourd’hui préservées dans la « Sigmund Freud Collection » déposées à la « Library of Congress » à Washington. Quand, après la mort de Wilhelm Fliess, sa veuve Ida Fliess écrit à Freud pour lui demander la restitution des lettres de son mari, celui-ci lui répond donc qu’il les a brûlées. Elle en conclut que les lettres de son mari ne devaient en aucun cas tomber entre les mains de Freud, parce qu’elle imaginait qu’il les détruirait. En 1937, Ida Fliess vend ces lettres à Marie Bonaparte, Princesse de Grèce, à l’époque en analyse avec Freud, par l’intermédiaire du libraire viennois Reinhold Stahl. Ida Fliess lui demande de promettre que jamais ceslettres ne tomberaient entre les mains de Freud. Les lettres vont alors être l’objet d’incroyables péripéties.
Après avoir refusé à Freud de les lui revendre, Marie Bonaparte prend la décision de les déposer au cours de l’hiver 1937-1938 dans son coffre à la Banque Rothschild à Vienne. Lorsqu'Hitler envahit l’Autriche, cette banque n’est plus un lieu sûr. En utilisant son immunité diplomatique de Princesse de Grèce, Marie Bonaparte arrive à retirer de son coffre ces précieux documents en présence de la Gestapo. En février 1941, Marie Bonaparte, qui s’est réfugiée à Paris, dépose les documents à la légation du Danemark. À la Libération elle retrouve les lettres intactes et les emporte à Londres, enveloppées dans du matériel imperméable et flottant, en cas d’un éventuel naufrage lors de la traversée de la Manche. Les lettres seront alors publiées en 1950 dans une version véritablement expurgée de tout ce qui a trait a la théorie de la séduction.
Jeffrey Moussaieff Masson a joué un rôle très important dans la révélation de cette affaire de dissimulation. Il s’est transformé en psychanalyste d’investigation, homme courageux et intègre qui va révéler la vérité à ses dépens. Au début il n’imagine pas que ses révélations vont faire scandale. Il pense au contraire que tous les psychanalystes vont être intéressé. Ses confrères ne se préoccupent pas du tout du contenu de ces lettres mais lui reprochent seulement d’une façon véhémente d’avoir trahi « le secret ». Cela ne regardait personnes et ne devait en aucun cas être révélé. Les psychanalystes vont le faire payer cher à JeffreyMoussaieff Masson. Il était alors archiviste temporaire, avec un contrat à durée déterminée d’un an, assorti de la la promesse qu’il serait titularisé définitivement s’il donnait satisfaction. Au contraire, il est révoqué sine die et mis au chômage sans indemnité. Il sera obligé de faire un procès qui lui permettra d’obtenir une indemnité de un an salaire. Encore plus « infamant ». Pour exercer officiellement la fonction de psychanalyste, il fallait être membre reconnu par la société Internationale de Psychanalyse. Il est alors immédiatement radié, ce qui revient à lui interdire l’exercice la psychanalyse. Cela n’empêchera pas qu’il publie la totalité de la correspondance Freud/Fliess et surtout ce livre qui révélé tous les dessous de l’affaire.
Rappelons qu’il existe encore des documents secrets, que personne n’a encore jamais lus, en dépôt à Washington. Ils sont censurés jusqu’en2060. En attendant, voici l’histoire des lettres de Sigmund Freud à Wilhelm Fliess. Ce livre peut donner envie de lire la totalité de cette correspondance, parue aux États-Unis et à Londres en 1985 et en français à Paris, seulement en 2006, soit plus de 20 ans plus tard, aux Presses Universitaires de France. Le délai de traduction française pour la version expurgée n’avait été que de quatre ans. Chacun peut enfin se faire sa propre opinion. La vérité est bien sortie du puits.



Quelles conséquences pour les psychothérapeutes ?

Comme dans toutes les sciences, le respect de la vérité et la publication exacte des travaux relève de la plus évidente éthique, dans l’intérêt de l’avancement des connaissances. L’objet du secret que l’on voulait préserver est de la plus haute importance, puisqu’il concerne la naissance et les bases de la psychanalyse. La controverse porte sur la façon dont le psychanalyste accueille, lors de la cure, la révélation d’un trauma. Il s’agit de prendre position sur cette révélation. S’agit-il du récit d’un événement réel ou bien ne serait-ce qu’une invention de l’imaginaire ? Un nombre croissant de thérapeutes d’aujourd’hui attache beaucoup d’importance aux effets néfastes des traumatismes. D’autre part Anna Freud, la fille et l’héritière spirituelle de Sigmund Freud pensait que si ce secret avait été révélé, il n’y aurait peut-être pas eu de psychanalyse.
Et vous, qui comme moi étes thérapeute, qu’en pensez-vous ? Etes-vous, comme Jeffrey Masson et moi-même, convaincus de l’importance des traumatismes réels ? Pensez-vous, comme Ferenczi, qu’une psychanalyse débarrassée de la théorie des pulsions soit possible ? Plus efficace ?
Débarrassée de sa toxicité ? Repenser notre pratique thérapeutique sans le modèle de la théorie des pulsions demande une vigilance et un sens critique très développés, tant cette théorie misogyne et paternaliste (a l’image de la culture du tournant du siècle dernier) s’est insérée dans tous les aspects de notre vie : enseignée aux d’élèves de terminale en philosophie, aux médecins, aux psychologues et surreprésentée dans la culture populaire. Son influence demeure encore forte, surtout en France, dans de nombreuses écoles de psychothérapie qui pourtant ne se réclament pas de la psychanalyse, et tant elle a contamine la façon dont nous comprenons la psychologie de l’enfant. C'est pourquoi j'ai fondé l'association "Les parents d'amour", pour aider à modifier le comportement des parents en abolissant la violence éducative (ni claque, ni fessée, ni cri, ni humiliations) en respectant les droits des enfants proclamés par l'ONU et le Conseil de l'Europe. (http://www.lesparentsdamour.org).

La théorie des pulsions empêche d’espérer en l’avènement de l’homo empathicus de Jeremy Rifkin (Une nouvelle conscience pour un monde en crise – Édition les liens qui libèrent) qui sauvera peut-être la terre et l’humanité. Si, comme de plus en plus de thérapeutes, de penseurs et de journalistes, vous avez toujours été circonspects et dubitatifs face à la théorie des pulsions, mais trouviez difficile de la critiquer ou pire de la mettre en doute, ce qui a si longtemps été présenté comme une vérité, que seuls les faibles d’esprit ne pouvaient pas comprendre, ce livre sera pour vous comme une véritable libération. Vous ne serez plus pris au piège rhétorique de ce raisonnement circulaire pratiqué par tant d’analystes « si vous ne croyez pas à la pertinence de la théorie des pulsions, c’est parce que vous résistez inconsciemment à cette révélation, ce qui prouve bien la justesse de cette théorie ».

Docteur Michel Meignant
Psychothérapeute et cinéaste
Président fondateur de la Fédération Française de Psychothérapie et
Psychanalyse (FF2P)
Vice-président du Conseil Mondial de Psychothérapie (WCP)

 

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PARIS

Vendredi 12 octobre 2012 à 20h30

Lors du 28e colloque de la FF2P "De Socrate aux neurosciences"

Espace Reuilly - 21 rue Hénard - 75012 Paris

 

MULHOUSE

Samedi 16 juin 2012 à 14h00

Fédération Française de Somato-psychothérapie et Somatothérapie

Conférence "Reconnaissance et partage"

Hôtel Mercure Centre

4 Place du Général de Gaulle - 68100 Mulhouse

 

PARIS

Jeudi 12 janvier 2012 à 20h30

Siège de la FF2P

2 bis rue Scheffer – 75116 Paris

 

PARIS

Jeudi 20 octobre 2011 à 20h00

Lors du 27e colloque de la FF2P "Attachement, empathie et violence éducative"

Espace Reuilly - 21 rue Hénard - 75012 Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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